vendredi 20 juillet 2007

Critique de la notion de bonne gouvernance V

Conclusion

Tout au long de ce travail, on a essayé de mettre en avant plusieurs aspects de la bonne gouvernance. Premièrement, le flou qui règne autour des définitions du concept de gouvernance, et par conséquent autour de celui de bonne gouvernance. Malgré la difficulté à cerner l’objet « bonne gouvernance », on s’est par la suite attelé à étudier les discours sur la bonne gouvernance : leurs origines, leurs applications théoriques ainsi que certaines des limites inhérentes à ce concept. Ce qui n’a pas manqué de soulever de nombreuses questions, notamment de savoir si la bonne gouvernance est une fin, un moyen, une conditionnalité ou tout cela à la fois.
Afin de répondre à certaines de ces questions, l’exemple de la Corée du Sud a été mobilisé. Cela a permis d’apporter un éclairage quelque peu différent sur le lien de causalité entre bonne gouvernance et développement, lien qui reste supposé plutôt que véritablement prouvé. Dès lors, sur la base de ce contre-exemple et des éléments apportés dans les parties précédentes du travail, on a pu dégager trois critiques, ou plutôt trois nouvelles questions portant sur le concept qui nous intéresse ici. On s’est tout d’abord demandé – en s’appuyant sur ce qui avait été démontré à propos de la Corée du Sud – si un régime autoritaire n’était en définitive pas préférable à une démocratie dans une optique purement de développement. Si on est bien sûr loin de se prononcer en faveur de l’autoritarisme, on a vu que les preuves manquent pour mettre en avant la supériorité d’un régime démocratique. Ensuite, il s’est agit de se poser la question de savoir si finalement la bonne gouvernance proposait effectivement ce changement de cap dans l’orientation des politiques de développement qu’elle semble proposer. On a vu que si certains aspects, tels que la libéralisation économique, restait très présent, il y a tout de même une évolution dans l’approche du développement, et pas seulement un discours de façade. Enfin, on a pointé du doigt une importante lacune dans ce nouveau modèle de développement : l’occultation des conflits internes et externes. En effet, tout se passe comme si les rapports de force ou la distribution du pouvoir à l’intérieur et entre les Etats était donnés. Or cela influe très fortement la mise en œuvre des politiques préconisées. La crédibilité de la bonne gouvernance s’en trouve amoindrie et cela donne l’impression que ce modèle reste trop théorique, déconnecté des réalités.
Pour résumer, on a pu voir que la notion de bonne gouvernance met en lumière des problèmes pertinents, mais que ce modèle comporte trop de failles, qu’il n’est pas assez robuste et que cela en réduit par conséquent nettement la portée.

La liberté des uns s’arrête là où commencent les réformes

Pour terminer ce travail, on peut encore revenir sur un aspect de la bonne gouvernance qui a été évoqué à plusieurs reprises mais qui mérite que l’on s’y attarde plus longtemps. On a évoqué plus haut à quel point le modèle de la bonne gouvernance impliquait une ingérence très forte dans la politique des pays concernés. Il y a bien sûr tout ce qui a trait aux mécanismes de conditionnalité. Mais de manière plus générale, il s’agit véritablement de l’imposition d’une norme, d’une norme centrée sur des valeurs occidentales : « cette démarche pose la démocratie comme un régime intrinsèquement bon. Elle tient d’une conception du développement politique unilinéaire et ethnocentriste où la démocratie occidentale reste le point d’arrivée de toutes les sociétés. » On peut débattre longtemps pour savoir si la démocratie est le meilleur (ou le moins mauvais) système. Toujours est-il que l’on tente d’imposer ce système à des populations qui ne le souhaitent peut-être pas, ou qui ne sont pas disposées à adopter un tel mode de fonctionnement étatique. La démocratie participative n’a vraiment de sens que si une majeure partie de la population est alphabétisée, qu’elle a les moyens de se mobiliser ou simplement que tout un chacun est en mesure d’aller voter. Choses qui ne vont pas de soi dans certains pays.
Encore pire est le constat selon lequel les organisations internationales recommandent la participation, l’empowerment des plus pauvres alors qu’elles-mêmes imposent un modèle de développement d’une façon qui n’a rien de démocratique. En effet, il n’est pas nécessaire de réfléchir bien longtemps pour se rendre compte que : « les priorités économiques sociales ne sont toujours pas définies par les pays en développement eux-mêmes. […] la capacité des peuples à définir eux-mêmes leurs priorités économiques et sociales est un fondement non seulement des démocraties, mais aussi des relations internationales qui affirment « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes en vertu duquel ils ont le droit de déterminer librement leur statut politique et d’assurer librement leur développement économique, social et culturel ». » Comment justifier un discours si ambigu et surtout si contradictoire ? Cette imposition d’un modèle de développement en définitive normatif et prescriptif résonne bien étrangement après les discours de la bonne gouvernance sur l’importance de l’expression et de la participation.

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